Thème du Congrès: FRONTIÈRES ET MARGES

L’accélération de la mondialisation au lendemain de la Guerre Froide, ainsi que les multiples conséquences des attaques terroristes du 11 Septembre 2001 ont eu un profond impact sur les frontières. Celles-ci peuvent être de nature empirique telles que les frontières  d’Etats, de régions, de sécurité, de “glocalités” représentées à travers cartes géographiques et  pratiques organisationnelles, mais aussi de nature conceptuelle, telles que les distinctions sociales, culturelles, économiques, religieuses, ethniques, sexuelles et linguistiques qui catégorisent et divisent les populations humaines à travers  politiques identitaires et gestion bio-politique.

Refugees photo_500x346.jpgCes frontières créent, à leur tour, des marges à travers lesquelles les bureaucraties administratives et militaires, les ONGs, les activistes et le crime plus ou moins organisé aussi bien que les terroristes opèrent, aux niveaux empirique et conceptuel. Les frontières entre les Etats reconnus, les Etats de facto, les sous-Etats, les territoires occupés et les autorités de gouvernance supra-nationales sont des créations spatiales définies à travers les lignes de démarcation séparant un/une pays, Etat, province, zone, “union” etc. d’un/une  autre alors que les régions frontalières semblent être des zones critiques en marge du contrôle étatique et des institutions gouvernantes.

Cependant, les frontières ne sont pas simplement des lignes territoriales démarquées par des panneaux routiers, des points de contrôle officiels et même des fils de fer barbelés ou murs fortifiés, mais des institutions en elles-mêmes. Elles ont un caractère dynamique émanant de leurs fonctions formelles et informelles ainsi que de leur impact. A une époque où des régions entières ont été déstabilisées par l’implosion des frontières- souvent imposées par des impérialismes passés et présents plutôt que découlant de proccessus indépendamment négociés ou démocratiques- ces marges constituent des zones de conflit et des points d’éclat en politique nationale et internationale. De tels conflits et controverses posent actuellement de sérieux défis à la gouvernance internationale des droits de l’homme tels que dérivés de la Déclaration Universelle de 1948 dont on va célébrer le 70ème anniversaire en 2018.

Lors des récentes décennies, l’évolution des technologies de l’information a transformé la traditionnelle “ frontière comme barrière” en créant des groupes d’identités et d’intérêts communs. Ces groupes sont dispersés à travers le monde et ne disposent d’aucune forme de compacité ou contiguité territoriale. La “connectivité” électronique, que ce soit en matière d’échange d’information, de commerce digital, de travail académique international, de financialisation,  de surveillance de sécurité ou criminalité, pose un défi à l’imposition de barrières physiques, de contrôles bureaucratisés et de migration, en  termes concrètement politiques. “Le Grand Pare-Feu de Chine” contre les assauts informatiques s’avère aussi ineffectif que la Grande Muraille de Chine et les fuites de grandes quantités de données  financières, commerciales et sécuritaires continuent à défier les tentatives de criminalisation des agents de fuite. Les risques posés par ces développments d’ordre global –qui font la une lorsque la violence éclate ou les politiciens puissants sont exposés- nous invitent à explorer les dynamiques fondamentales d’inclusion et d’exclusion sous le thème englobant des “Frontières et Marges”.

Auprès de ceux qui constituent la majorité/minorité actuelle ou d’autres mélanges identitaires  au sein d’un Etat, il y a aussi ceux qui sont piégés dans des zones marginales, tels les groupes immigrés qui sont physiquement “à l’intérieur” mais considérés “en dehors” par certains. Ils sont typiquement au centre de la politique de multiculturalisme/cosmopolitisme, ou de nationalisme/assimilation, ou encore d’expulsion/génocide. Les politiques des “Frontières et Marges” ont un centre de gravité commun: celui de “l’altérité” ou “altérisation”, qui, à son tour, détermine  les frontières et crée marginalisations. Ce sont justement ces pratiques qui déclenchent  les inégalités extrêmes de pouvoir et de richesse à travers le monde. “Frontières et Marges” est justement un  thème qui offrira aux participants du 25ème Congrès Mondial de l’IPSA de larges possibilités scientifiques dans le cadre des dimensions éthiques de la discipline.

Ces conjonctions d’activités empiriques et revendications conceptuelles génèrent de nouvelles méthodologies à travers les disciplines apparentées et que les politologues adoptent volontiers. Le thème du Congrès devra donc inclure diverses  perspectives y compris celles de l’histoire, la géographie, les relations internationales, le droit international, la philosophie, la sociologie, la psychologie politique, les études culturelles, les études féministes/de genre/de pluralisme sexuel,   les études de sécurité et d’autres formes de recherche scientifique. A travers ces domaines, se déroulent  des débats   cruciaux sur la souveraineté et l’identité, les droits et les obligations, les guerres justes et injustes et “interventions”, la théorie et la pratique démocratique, ainsi que la gouvernance internationale, pour n’en citer que quelques uns.

Nous espérons donc que “Frontières et Marges” pourront réunir les participants au niveau thématique et contribuer à l’élargissement de  leurs perceptions politiques.”Frontières et Marges” sont les composantes de processus politiques cruciaux et par conséquent un point focal pour les sciences politiques qui les étudient.

Liens connexes

Raising Barriers, Washington Post, 12 October 2016